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Anfield va-t-il devenir un centre commercial "footballistique" ?

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Visitant Anfield depuis pratiquement 20 ans (mon premier match en 1999 fut le dernier de Steve Mc Manaman sous un maillot rouge avec une victoire 3 à 0 contre Wimbledon), j'ai constaté une lente évolution, qui s'est progressivement accélérée au cours de ces deux dernières années, faisant ressembler de plus en plus Anfield à un gigantesque centre commercial footballistique, un « Tesco stadium » officieux en quelque sorte sans les droits liés au « naming » associés...

 

En effet, lors de ma dernière visite à Liverpool en mars 2018, j'ai été surpris par le changement d'ambiance intervenu en un an. Déjà le spectateur, arrivant dans le quartier, constate que la rue d'Anfield est désormais fermée à la circulation les jours de match, ce qui contraste avec le joyeux folklore qui caractérisait les abords du stade auparavant...

 

De même, avant d'arriver à Anfield, le spectateur peut désormais profiter de différents bandeaux publicitaires vantant les qualités de lieu de naissance du club pour un célèbre pub des environs, alors qu'avant la simple transmission orale de l'histoire du club permettait à ceux qui s'y intéressaient de connaître ce « lieu de mémoire » lié à la riche histoire du Liverpool Football Club...

 

Avant d'entrer dans le stade, le spectateur pourra enfin constater que la construction d'un hôtel à deux pas d'Anfield est annoncée (on peut enfin apercevoir, dans le quartier, un Paisley Hotel sans affichage d'un lien de parenté explicite avec l'oncle Bob...). Et le projet de régénération du quartier d'Anfield va se poursuivre, comme l'illustre le nombre de maisons condamnées dans les abords du stade...

 

Après cette première approche, une fois entré dans le stade, la première surprise provient de la fermeture du traditionnel « store », d'autant plus surprenante un jour de match...

En marchant un peu et constatant une file de personnes devant une grande enceinte, je découvre le nouveau store encore plus grand que le précédent, où le spectateur devenu consommateur peut profiter sur deux étages de tous les produits dérivés du club...

 

Le paradoxe avec les quatre stores que j'ai visités lors de mon WE à Liverpool (Anfield, Liverpool One, centre de Liverpool et Chester) est de rester sur sa faim en tant que consommateur potentiel, les deux produits que je convoitais (le maillot originel en bleu et blanc et le kit d'entraînement) n'étant plus disponibles que dans des tailles junior dans un cas ou XXL dans l'autre...

 

En plus de ce nouveau store, l'impression donnée de « centre commercial » est renforcée par les grandes baies vitrées de la Main Stand dévoilant un certain nombre de consommateurs-supporters se distrayant ou se restaurant avant le match...

 

Un autre signe de l'anesthésie « consumiériste » souhaitée par les promoteurs du football-business intervint au début du match. Placé dans le Kop, une agréable surprise m'attendait pourtant puisqu'une large majorité des spectateurs faisait le choix de rester debout pour mieux encourager son équipe, ce qui déclencha l'intervention des stadiers priant les spectateurs de s'asseoir, ce qu'ils firent progressivement, le niveau sonore diminuant d'autant malgré la succession de buts...

 

 

Traditionnel débat entre le club et les fans, cette question reste toutefois prégnante malgré les différentes initiatives lancées au fil des années par les associations de supporters. Le regroupement des supporters les plus motivés, avec la possibilité de rester debout durant toute la durée du match, permettrait, sans nul doute, de renforcer l'ambiance et peut-être même de créer un effet d'entraînement auprès des autres spectateurs pouvant alors pleinement profiter de l'expérience d'Anfield...

 

A la sortie du match, les spectateurs peuvent enfin trouver un certain nombre de bus pour faciliter le retour en centre-ville, indice, une nouvelle fois, de la volonté de faciliter le séjour à Anfield du spectateur-consommateur venu assister au match.Quel contraste avec mes premières visites à Anfield où le moyen le plus rapide pour rejoindre le centre-ville résidait dans la marche à pied même sous la pluie...

 

En conclusion, cette marchandisation du stade d'Anfield et de ses alentours, outre l'influence évidente des promoteurs du football-business, n'est-elle pas aussi le reflet d'une certaine boboisation de Liverpool, ville dynamique et « rénovée » ayant réussi son passage vers une économie tertiaire après la crise des années 80 ?

 

Faut-il, dès lors, se résigner à une condition de touriste « footballistique » à Liverpool, ville certes très agréable à visiter, et aller rechercher l'ambiance propre aux enceintes footballistiques lors des déplacements dans les parcages away ?

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