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A la recherche du joueur-culte

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La venue de David Fairclough, lors de la dernière assemblée générale de la “French Branch”, a rappelé l’existence dans le folklore du monde du football et plus particulièrement de celui d’Anfield d’une catégorie particulière de joueurs, le joueur-culte ou « cult player » pour nos amis anglophones…

C’est une catégorie, en effet, étrange et particulièrement difficile à définir puisqu’elle rassemble des profils aussi différents que Jerzy Dudek, Alan Kennedy, Joey Jones, Titi Camara ou Eeeeegor Biscan…

Qu’est-ce qui fait qu’un joueur devient culte pour le public d’anfield et bénéficie d’un attachement un peu irrationnel de la part du public, qui n’est pas directement lié à ses qualités footballistiques ?

On serait tenté, dans un premier temps, de définir le joueur-culte par opposition, par ce qu’il n’est pas pour ensuite chercher à le caractériser par différents paramètres susceptibles de le faire entrer dans cette catégorie mystérieuse et enviée…

            Tout d’abord, il paraît plus aisé, dans un premier temps, de définir le joueur-culte par ce qu’il n’est pas :

Un joueur-culte n’est évidemment pas une légende, un top player, sublimant les foules par ses qualités footballistiques. En ce sens, des figures historiques particulièrement populaires et  adulées du côté d’Anfield comme la muraille écossaise Alex Raisbeck, le légendaire gardien Elisha Scott, l’attaquant Albert Stubbins ou l’énergique Emlyn « Crazyhorse » Hugues ne paraissent pas devoir être rangées dans la catégorie des joueurs-cultes au regard de leurs qualités reconnues de footballeur de haut niveau.

Pour devenir un joueur-culte, il convient donc de ne pas être trop doué footballistiquement parlant. Inversement, le joueur-culte ne doit pas être non plus d’une totale médiocrité avec un ballon dans les pieds (ou les mains pour un gardien…). Ils rejoindraient alors la sinistre cohorte, faisant régulièrement l’objet de classements dans les journaux spécialisés ou les fanzines, des pires joueurs à avoir porté le maillot des Reds en raison de leurs piètres qualités footballistiques (Torben Piechnik, Philip Degen, Anthony Ventre ou Paul Konchesky) voire comportementales (Charles-hubert Itandje, Neil Ruddock ou El-Hadj Diouf).

On peut d’ailleurs, à ce titre, se demander si Bruce Grobbelaar n’a pas perdu son statut de joueur-culte, dû notamment à ses arrêts spectaculaires, son interaction avec le public et symbolisée par la fameuse séance de « spaghettis legs » lors de la finale de la coupe d’Europe des clubs champions contre la Roma en 1984, avec les soupçons lancinants de corruption à l’occasion de paris sportifs qui ont entravé sa réputation depuis quelques années.

Enfin, tel Monsieur Lapalisse, il est également important de rappeler que, pour devenir un joueur-culte, il faut savoir sortir de l’anonymat du joueur moyen, ni trop bon, ni trop mauvais, passant quelques saisons sur les bords de Mersey avant de poursuivre leurs chemins dans d’autres stades d’Angleterre, d’Europe voire du monde (Jan Krompkamp ou Stephen Wright par exemple).

             Après cette brève définition par la négative, il convient maintenant de s’intéresser à ce qui fait qu’un joueur ni très bon, ni très mauvais, ni anonyme devient, de manière parfois irrationnelle, un joueur-culte chéri de la foule d’Anfield et souvent moqué par les supporters adverses…

Le premier facteur qui vient à l’esprit est l’engagement, la générosité « hors-norme » démontrés sur un terrain capable de compenser certaines défaillances footballistiques. L’exemple d’Erik « Mad » Meijer est, à cet égard, emblématique puisque cet attaquant néerlandais, pas forcément le plus talentueux, se démenait comme un forcené sur un terrain lors de ses rares titularisations dans les premières années de l’ère Houllier. Dans un autre registre, Gerry Byrne, qui joua la finale de la Cup en 1965 avec la clavicule brisée, constitue également une référence en la matière.

Durant les « vingt glorieuses » de l’ère Shankly-Paisley-Fagan, des joueurs comme Steve Nicol ou Joey Jones pouvaient aussi prétendre appartenir à cette catégorie. On se souvient notamment de Joey Jones pour ses tacles rugueux et surtout la fameuse bannière accompagnant l’épopée de 1977 « Joey ate the frogs legs (St Etienne), made the swiss Roll (Zurich), now he’s munching gladbach !!! ». Parallèlement, Joey Jones n’hésitait pas à déclarer : “J’ai toujours senti que je représentais les lads du Kop sur le terrain ».

 Dans la dernière décennie plus aseptisée du foot-business, Dirk Kuyt peut figurer comme l’archétype de ce joueur combatif et valeureux, pas le plus doué techniquement mais qui se battait sur chaque ballon….

L’investissement peut être physique mais également moral. Le fait que Titi Camara joua à Anfield en octobre 1999 contre West Ham le soir de la disparition de son père, et qu’il marque le seul but du match l’a fait entrer dans la catégorie des joueurs-cultes même si la suite de sa carrière sous un maillot rouge fut brève et relativement anecdotique…

Dans un versant moins tragique, l’attachement de Daniel Agger pour le club, symbolisé notamment par ses tatouages, et sa grande affinité avec les supporters, l’a sûrement inscrit, malgré de nombreuses blessures, dans le panthéon des joueurs-cultes de Liverpool…

Un autre facteur d’identification d’un joueur-culte réside dans un moment particulier liant le joueur à l’histoire du club, qui passe souvent par un but dans un match à enjeu. On pense évidemment au but marqué par Alan Kennedy en finale de la C1 contre le Real Madrid en 1981 ou le « ghost goal » inscrit par Luis Garcia contre Chelsea en demi-finale de la ligue des champions en 2005. Une certaine roublardise n’empêche en rien de devenir un joueur-culte…

Les buts inscrits en 2001 par Gary Mc Allister contribuèrent à l’établir comme un joueur-culte du côté de la Mersey, même s’il n’est resté que deux ans après une riche carrière dans différents clubs de Premier League. On ne peut que se souvenir du but sur coup-franc marqué dans les derniers instants d’un derby à Goodison en 2001, ouvrant les portes à une qualification en ligue des champions et à un fabuleux treble grâce notamment au « but en or » en finale de coupe de l’UEFA contre Alaves marqué par Gary Mac…

Les buts « à la dernière minute » permettent souvent à leurs auteurs de pouvoir prétendre figurer dans la catégorie des joueurs-cultes. C’est le cas de Yossi Benayoun, qui, outre son but vainqueur à Santiago Bernabeu, avait inscrit à Fulham en 2009 dans les derniers instants de la rencontre, le « but de l’espoir » prolongeant le rêve d’un titre qui ne viendra pas, voire de Ragnar Klavan, le défenseur central estonien décrochant la victoire contre Burnley dans les dernières minutes de jeu…

Le but n’est cependant pas un passage obligé pour accéder à l’imaginaire des scousers surtout pour un gardien de but : Jerzy Dudek, à la suite de Bruce Grobelaar, s’est illustré par sa gestuelle lors de la séance de tirs aux buts victorieuse de l’inoubliable finale de 2005 contre le Milan AC, après avoir procédé à un arrêt miraculeux face à Chvetchenko…

Les joueurs du cru bénéficient également d’un a priori favorable pour devenir un joueur-culte. Le deuxième passage de Robbie Fowler sur les rives de la Mersey peut illustrer ce propos. « God », indubitablement une légende lors de ses débuts sous le maillot de Liverpool, s’est rapproché du statut de joueur-culte lors de son retour de 18 mois sous Rafa Benitez : Je me souviens notamment d’un match contre Arsenal en février 2006, où mes voisins scousers ne pouvaient s’empêcher d’encourager Fowler par des « Come on Robbie » ou « Well done Robbie » dès que le ballon arrivait dans un rayon de 10 mètres de l’ancienne terreur de Toxteth, même si son influence sur le jeu restait parfois limitée…

Neil Mellor, qui a aussi marqué des buts importants pour donner la victoire contre les invincibles d’Arsenal ou accompagner la « remontada » contre Olympiakos, peut aussi figurer dans cette catégorie.

Le dernier facteur objectif à citer, certes plus relatif par rapport aux trois précédents, est constitué par le décalage entre le niveau supposé du joueur et la performance atteinte. L’exemple le plus parlant réside dans la trajectoire de Djimi Traoré, qui a débuté comme titulaire lors de la fameuse finale de ligue des champions de 2005 tout en ayant régalé, la même année, les supporters adverses et les commentateurs d’un fabuleux retourné contre son camp, éliminant de fait Liverpool de la FA Cup dès son entrée dans la compétition…

Enfin, reste un dernier facteur qui tient de l’irrationalité conduisant certains joueurs, qu’aucune qualité ou fait marquant ne prédisposaient à cet honneur, à devenir cultes aux yeux du public d’Anfield. Le cas le plus symptomatique est celui d’Eeeegor Biscan, qui fit une honnête carrière sous Houllier mais fut surtout adulé, notamment au sein de certains fanzines comme un joueur-culte : Est-ce un caractère original ou une réputation supposée d’homme à femmes qui a conduit le croate à devenir la référence des joueurs-cultes ? Le mystère reste entier…

Dans la même logique, Kolo Touré a bénéficié d’un fort capital de sympathie, exprimé, à certaines occasions, et notamment dans une chanson-culte, accompagnée d’une chorégraphie détonnante reprise par les joueurs en fin de saison…Même s’il n’avait plus ses qualités de joueur du temps d’Arsenal, son rôle dans le vestiaire et ses intérims de qualité dans la défense de Liverpool (avec néanmoins quelques mémorables boulettes) ont pu lui valoir ce statut de joueur-culte…

En conclusion, il convient de s’interroger pour savoir qui, au sein de l’équipe actuelle, est le plus prédisposé à devenir un joueur-culte.

L’équipe assemblée par Jürgen Klopp étant désormais majoritairement composée de tops players, je miserais sur un trio composé de James Milner, au regard de son investissement démontré dans pratiquement toutes les positions sur un terrain, Andy Robertson, le « local lad » à la mentalité exemplaire et enfin Divock Origi pour son but à la dernière minute dans le derby contre Everton…

Bien évidemment, le joueur, qui, même par l'intermédiaire rebond malheureux, inscrirait le but garantissant aux Reds le n°19 aurait vocation à entrer directement au panthéon des joueurs-cultes et au panthéon tout court !!!

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De ton avis sur certains points, ces joueurs de piètres qualités footballistiques :D (le troisième cité emportant ma totale adhésion)

Cependant... cependant... d'un côté tu opposes la qualité footballistique du joueur, qui selon toi doit être "moyen" mais pourvu d'autres qualités (abnégation, volonté, hargne) ou auteur d'un but mémorable. Alors quid de Fowler ? tu le jugeais moyen pour l'incorporer à cette classe ? Carragher répondrait plus à ces critères de joueur culte à contrario d'un Gerrard. Où classerais tu Owen passé de légende à Judas ? Riise passé de joueur culte pour ses faits d'arme à persona non grata

Ensuite c'est le coeur qui parle. Pourquoi lui et pas un autre...  pas le plus beau, le plus attirant mais possédant un certain charme. Tout est question de coeur.

Personnellement (et tout le monde s'en fout) mon joueur culte restera Emlyn "Crazy Horse" Hughes.. sans doute une légende... sans doute techniquement "moyen" (je déteste classer un joueur de techniquement moyen... le côté offensant... Bon OK mis à part Bulotelli,  Poulsen "2 pieds gauches restés dans leur boîte" ) mais côté charisme, volonté, don de soi : une légende

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Concernant un joueur-culte que j'ai un peu négligé en raison de sa fin de carrière, bel article de Rico Rizzitelli dans le So foot de mars à l’occasion de la sortie de sa biographie Life in a jungle de Bruce Grobelaar, dont l’histoire dépasse ses différentes bouffonneries et la fameuse séance de spaghettis legs de la finale de C1 de 1984 gagnée à Rome contre la Roma :

  • Il se révèle, en effet, le portier le plus titré de l’histoire du LFC (13 trophées dont 6 titres de champion), même s’il fait preuve d’une certaine arrogance en réclamant la place du grand Ray Clemence dès son arrivée ;

 

  •  Il a débuté comme gardien en Rhodésie où il fut surnommé « Jungleman » puis a exercé en Afrique du Sud et au Canada avant de tenter sa chance en angleterre ;

 

  • Ses débuts avec Liverpool furent difficiles. Bob Paisley mit rapidement les choses au clair. « En amérique, ils sont là pour distraire. Nous ici on est là pour gagner. Si tu ne joues pas mieux, tu vas repartir pour Crewe (son précédent club en D4 anglaise)…»

 

  • Le légendaire Ronnie Moran savait remettre également les joueurs à leur place en déposant les médailles de champion au milieu de la salle de massage et en déclarant « Si vous pensez la mériter, venez la prendre » (sic)

 

  • Il se confronte à un vestiaire compliqué entre les écossais, les anglais et les étrangers mais « avoir fait la guerre (dans sa jeunesse au Zimbabwe) m’a permis de m’adapter… »

 

  • Il connut les catastrophes du Heysel « C’était pire que la guerre. On avait un goût de cendres dans la bouche» et d’Hillsborough « Un bruit que je n’oublierai jamais »…

 

  • Sa fin de carrière fut ternie par des allégations de matchs arrangés avec les triades de Hong-kong. Il bénéficia néanmoins d’un non-lieu à la suite de deux procès mais finit ruiné suite à un procès contre un tabloïd.

 

Un personnage donc « larger than life » mais également sous le masque du clown « un gars compliqué à lire » pour son ancien coéquipier David Fairclough…

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