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Ronnie Whelan


rafalabamba
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L'autobiographie de Ronnie Whelan « Walk on – My life in red » permet de se replonger dans une période-charnière pour le Liverpool Football Club, qui descendit de son piédestal des années 70-80 pour entrer dans une ère de la premier league beaucoup moins glorieuse...

 

Le dernier des 493 matchs joués par Ronnie Whelan pour Liverpool (qui lui permirent de remporter six titres, 4 places de dauphin, 1 coupe d'europe des clubs champions à Rome, 2 FA Cup et 3 coupes de la ligue) fut d'ailleurs aussi le dernier match du « Kop » contre Norwich...

 

Ronnie Whelan entra également dans l'histoire du club en marquant au moins un but pendant 14 saisons successives (seul le légendaire Billy Liddell fit mieux en 15 saisons...).

 

Comme beaucoup de biographies d'anciens joueurs de LFC, la préface est assurée par Kenny Dalglish (dont on apprend le surnom « Super »), qui rappelle notamment qu'il fit de Whelan son capitaine au début de la saison 1988/89

 

Prenant la suite de son père, prénommé également Ronnie, qui avait été deux fois international pour l'équipe d'Irlande, Ronnie Whelan fit des essais à MU, Everton ou le Celtic avant de rejoindre Liverpool.

 

Il fut accueilli, lors de ses premiers entraînements, où il avait eu la maladresse de lui envoyer un ballon en pleine tête, par le toujours chaleureux Tommy Smith «  « Je te casserai ton p*** de dos si tu refais ça !!! »...

 

Il eut la chance de marquer dès sa première titularisation contre Stoke et fit rapidement sa place au sein de l'équipe première. Il fut, à ce titre, impressionné par la capacité de son manager Bob Paisley à lire le jeu et identifier les faiblesses de ses adversaires ainsi qu'à repérer et recruter les joueurs capables d'entrer dans le « moule LFC ».

 

En revanche, Bob Paisley n'était pas un grand communicant. Lors des réunions du vendredi matin à Melwood devant une tasse de thé, le discours de Paisley se résumait souvent à « Même équipe, mêmes remplaçants, on y va !! ».

 

Sa carrière fut évidemment marquée par les grandes tragédies du Heysel et d'Hillsborough. Pour le match contre la Juve, il voit dans les yeux de l'arbitre la peur d'accorder un pénalty, qui aurait conduit à une prolongation suite au pénalty injustement accordé aux italiens et transformé par Platini. Il reconnaît s'être conduit en « footballeur égoïste » et d'avoir pleuré après ce match « volé », le privant d'une nouvelle C1. Le Heysel marquera d'ailleurs la fin de sa carrière européenne avec l'exclusion de Liverpool des compétitions européennes.

 

Concernant Hillsborough, il se souvint de s'être senti totalement isolé dans les vestiaires puis de la visite des hôpitaux, ponctuée parfois de petites joies avec le réveil d'un malade qui était salué par les joueurs. Il fut particulièrement affecté par la disparition d'un homonyme Ian Whelan, âgé seulement de 19 ans, relaté dans le journal local. Ce tragique événement l'aida aussi à mieux comprendre la détresse des familles touchées par le Heysel.

 

La perte du championnat cette saison, avec le final dramatique contre Arsenal, est dû, selon lui, à l'accumulation des matchs et à la décision du diffuseur TV de faire jouer le match vendredi et non le dimanche... Le public d'Anfield savait toutefois que son équipe avait tout donné lors des huit derniers matchs et l'a justement acclamée ainsi que les gunners...Pour le vestiaire de Liverpool, l'important était que cette saison maudite se termine...

 

Pour lui, sans le Heysel et Hillsborough, Dalglish serait devenu un très grand manager dans l'histoire du club car il savait, à l'instar de Paisley, comment construire ou rebâtir des équipes. A ce titre, il place l'équipe de 87/88 devant celle de 83/84 de Fagan mais derrière celle de 78/79 (que l'équipe 2019/20 risque d'ailleurs avoir du mal à détrôner en raison de la crise sanitaire...).

 

La démission de Dalglish fut l'occasion d'une blague du staff ; Ronnie Moran et Roy Evans annonçant qu'Alan Hansen prenait la suite et instaurait un nouveau régime reposant sur plus d'entraînement, de vidéo, de diététique et la fin de la culture de la boisson...

 

C'est finalement le programme qu'allait mettre en œuvre Graeme Souness lors de sa prise de fonctions. Si Ronnie Whelan juge que Souness est le meilleur joueur de l'histoire du club en raison notamment de son « leadership », son bilan en tant que manager est beaucoup plus contrasté...

 

Il est sûr que Souness a cherché à rapidement se débarrasser des anciens comme Beardsley, Mc Mahon, Stauton ou Ablett (qui ont eu d'ailleurs de belles années dans leurs clubs respectifs) et a accusé ceux qui restaient de ne plus avoir la passion du club et de se consacrer essentiellement à la préparation de leurs jubilés...

 

Outre les difficultés dans l'appréciation des joueurs, le management de l'écossais au quotidien prête le flanc aux critiques. Il a ainsi dépossédé Whelan de son numéro historique (le 5) pour l'attribuer à Mark Wright. Il le rappelle également une fois pour ne pas le faire jouer ni même figurer sur le banc (le même mésaventure est arrivée à Groobbelaar, revenu lui d'Angola...).

 

Whelan reconnaît que Souness n'a pas eu de chance avec les blessures et qu'il a apporté des changements salutaires en termes de diététique ou de modernisation du traitement médical...

 

La fin de son histoire avec Liverpool (sous Evans) fut assez abrupte, le club retirant sa proposition de prolongation de contrat d'une année. Témoignant des mœurs parfois brutales du monde du football (il eut assez peu de vrais amis dans le monde du foot, à part Ian Rush, dont il fut le garçon d'honneur), 15 ans de sa vie ont été rayés en 15 secondes...

 

Il continua donc sa carrière à Souhtend United comme joueur et manager (où il ne trouva plus le soutien dans la vie quotidienne qu'apportait un grand club comme Liverpool) puis aura, pendant quelques années, des expériences de manager en Grèce à Panionios (qu'il emmènera jusqu'en quart de finale de coupe d'Europe contre la Lazio) puis à Chypre avant de revenir à Liverpool pour devenir occasionnellement consultant pour la télé irlandaise.

 

L'intérêt de cette autobiographie résulte également dans différents chapitres abordés dans la seconde partie du livre, où sont traités des sujets parfois « tabous » chez les footballeurs :

 

  • les blessures : Il constate que son corps se fatigue au fil de sa carrière, jouant ainsi en moyenne 46 matchs dans ses neuf premières saisons et 17 lors des quatre dernières...Il est vrai que, pendant longtemps, les soins étaient assurés par Ronnie Moran ou Roy Evans, qui n'avaient pas de qualification particulière en la matière...On apprend aussi que le club travaillait en liaison avec une gynécologue afin de veiller à ce que l'accouchement des femmes de joueurs puisse être, dans la mesure du possible, compatible avec le calendrier des matchs...

     

  • la violence sur le terrain avec une culture du tacle « 50/50 » permettant de régler quelques comptes...Ronnie Whelan se mettait d'ailleurs d'accord avec Steve Mac Mahon, suivant les avertissements déjà reçus, pour faire justice...

     

  • les salaires : Revendiquant son appartenance à la « working class », Ronnie Whelan commença à 300 livres par semaine pour finir à 6.500, ce qui semble un « pourboire » par rapport aux émoluments actuels...Un bonus existait également lié à la fréquentation du stade. En raison de la situation économique désastreuse au début des années 80, les fans étaient obligés de choisir leurs matchs avec une affluence passant de 44.500 en 78/79 à 35.000 en 81/82. L'équipe, championne d'angleterre ou d'Europe, n'arrivait donc pas toujours à remplir son stade ;

     

  • le bilan de sa carrière, certains jugeant que son statut de grand espoir, intégrant rapidement la grande équipe de Liverpool, n'a pas été pleinement confirmée tandis que d'autres jugent son apport sous-estimé. Whelan pense que son caractère introverti n'a pas joué en sa faveur. Par ailleurs, sa carrière internationale, avec 53 sélections sur 120 possibles, reste en demi-teinte, ses apparitions dépendant souvent des blessures des titulaires. Il eut quand même le plaisir de figurer à l'Euro 88 lors de la fameuse victoire contre les voisins anglais grâce à un but de Ray Hougton et sa formidable reprise de volée contre l'URSS... 

     

  • La Liverpool Way : Elle repose, selon lui, sur le style de jeu « le pass and move » mais surtout sur une culture « terre à terre » proscrivant l'arrogance ainsi que le lien entre les joueurs et les supporters qui paient leurs salaires. De manière générale, il constate que la culture footballistique s'étiole avec un environnement aseptisé (de rudes engueulades avaient lieu dans le vestiaire parfois même entre le capitaine (Thommo) et le manager (Paisley)), une attitude désinvolte face à la défaite et la fin de la tradition du passage de relais entre les anciens et les jeunes joueurs...

 

En guise de conclusion, sa génération fut celle de la dernière « vieille garde », qui a raté la ruée vers l'or de la marchandisation du football. Pour lui, une génération de fans ne semble pas savoir que le football existait avant la Premier League : « Nous n'avons pas l'argent pour le prouver mais certains d'entre nous ont été assez chanceux d'avoir des médailles pour le faire »

 

 

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